23 janvier 2014

Lorsque les cultures tricotent...



A quelques semaines du 31e Festival des migrations, des cultures et de la citoyenneté organisé par le CLAE, les 14/15/16 mars prochains, nous avons souhaité revenir sur sa philosophie avec Jean Philippe Ruiz, chargé des relations interculturelles.

Les cultures qui tricotent pour créer un tissu commun, un festival et au-delà, une société. C’est une nouvelle fois le symbole retenu pour cette 31e édition du Festival des migrations, des cultures et de la citoyenneté. Le Festival est-il affaire de tricotage, de bricolage, un ouvrage que le CLAE remet chaque printemps sur le métier ?
Jean Philippe Ruiz : Il est toujours difficile de choisir une image, une affiche, pour résumer une manifestation aussi importante que notre Festival qui depuis trente ans accompagne, dessine ou débat des changements profonds de notre société. Souvent, nous essayons d’innover dans la manière de penser le Luxembourg dans ses relations avec l’ensemble des citoyens du pays. C’est au Festival du CLAE que les revendications sur le droit de vote des immigrés sont d’abord apparues, que le droit du sol a été demandé pour un accès direct des enfants à la nationalité luxembourgeoise, que le message du métissage culturel a d’abord été affiché.

Le Festival des migrations, des cultures et de la citoyenneté réunit depuis des années à chaque édition, l’ensemble des forces vives du pays : monde associatif, syndicats, partis politiques, mouvements confessionnels, médias, etc. C’est le lieu public parfait pour se faire entendre. C’est un espace où la citoyenneté peut se déclarer, s’expérimenter, s’organiser en direct. Le festival n’est pas un forum du « vivre ensemble », expression qui ne veut rien dire sauf à dire ce qui existe depuis toujours : ce slogan marque plutôt les différences et à l’inverse discrimine, sépare. Notre manifestation est plutôt un terrain où est représenté le faire ensemble.  Tous les participants, toutes les associations soulignent chacun à leur manière les nombreux chemins et expériences pour faire société ensemble.

Les cultures sur l’affiche qui a été choisie, tricotent. Elles bricolent un devenir commun. Chaque culture, assise sur son monde, sur son univers, depuis toujours, produit un discours  et des représentations du monde. Tous ces fils de laine forment des mailles qui s’entrecroisent pour donner de nouvelles cultures qui à leur tour produiront d’autres idées, d’autres paroles, d’autres possibles. Ces fils de laine qui composent la nouvelle affiche du Festival des migrations, sont comme un ensemble de fils d’Ariane : ils indiquent tous les chemins possibles et nécessaires pour que nous tous, les uns et autres, nous cheminions ensemble vers un devenir commun, pour faire cause commune dans une société mieux en partage.

En mettant l’accent sur le métissage des cultures au Luxembourg, le Festival propose-t-il une belle utopie ?
Le métissage des cultures est là, toujours là, depuis toujours là. Il est au cœur des cultures et il fait partie de notre identité à tous, de notre histoire. Ce n’est donc pas une utopie mais une manière différente de voir l’autre et son histoire, d’estimer sa culture et celle des personnes que nous fréquentons ou qui sont nos voisins. Prendre en considération le métissage des cultures, c’est accepter de changer sa vision de l’histoire et de l’évolution de l’humanité et de questionner le poids des sciences, du progrès et de l’histoire pour définir sa propre identité. Quel est notre part d’héritage dans les dérives du nationalisme qui ont conduit aux deux grandes guerres ? Quels sont les excès encore récents de cette idée de nation dans plusieurs pays européens ? Notre vision des cultures contemporaines est un précipité du colonialisme et des guerres d’indépendances qui ont suivi. Et que penser de l’histoire de l’esclavage et de l’idée de race qui est toujours véhiculée alors que la génétique depuis longtemps a vidé ce mot de toute valeur scientifique ? Pour accepter la part de métis qui est en nous – métissage culturel, métissage social – il nous faut mettre à distance tous ces héritages qui continuent de produire des préjugés et qui déterminent encore de nombreuses actions culturelles et sociales.

Au cœur du Festival est installé depuis plus d’une décennie le Salon du livre et des cultures du Luxembourg.  Depuis l’année passée, un nouvel espace de rencontres se tisse autour des arts contemporains. Que nous disent ces espaces ?
Nous avons toujours souhaité que le Festival des migrations, des cultures et de la citoyenneté accompagne l’évolu-tion et les changements qui traversent l’histoire des populations issues de l’immigration et les associations qui les représentent. De nombreuses associations sont vieillissantes et elles ont pour la plupart réalisé et réussi ce pour quoi elles avaient été créées : construire un espace intermédiaire de solidarité, de références identitaires et linguistique entre le pays d’origine et le pays d’arrivée. Aujourd’hui installé dans ce pays, de nouvelles demandes apparaissent parmi les personnes et les familles qui portent en héritage l’histoire de leur pays d’origine ou la culture du pays de leurs parents. Présenter, expliquer, promouvoir ces références culturelles familiales est une démarche importante qui permet de donner du sens à sa présence sur ce territoire. Les littératures, les écrivains, les peintres, les artistes qui se présentent au Salon du livre et des cultures et au Salon des arts contemporains — ArtsManifs —  permet d’accorder une plus grande légitimité à la culture et à la présence des personnes venues en migration au Luxembourg. C’est une part d’humanité supplémentaire que ces deux salons contribuent à donner à ces populations du Luxembourg.

Le cœur du festival n’est-il pas également de croiser littératures, arts et culture populaire ?
C’est une des grandes qualités de ce festival : tenir un équilibre assez étonnant entre de nombreuses références et pratiques culturelles. L’âme profonde, première de ce festival, sont la culture et les pratiques populaires. Mais notre manifestation croise beaucoup plus que les arts, les littératures et la culture populaire : il permet la découverte et l’échange des nourritures, des musiques, des langues, des idées. Ce festival est comme un port de méditerranée. Il est au confluent des négociations et des économies humaines. Immanquablement, avec les générations, il ne peut en sortir que des voyageurs d’humanités, des penseurs éclairés, des fragrances d’une néo-culture, de nouvelles économies solidaires qui habiteront l’âme de ce pays puisque ce port d’attache est ici.

In Horizon n°122, janvier 2014








20 janvier 2014

Des défis et des réformes


Si chaque élection législative apporte son lot de nouveautés, de propositions de changement, mais aussi d’espoirs pour une population de plus en plus éloignée des questions politiques tant elle est préoccupée par son quotidien, les élections du 20 octobre dernier ont apporté un changement fondamental dans le paysage politique du pays. Avec l’accès au pouvoir d’une coalition à trois – DP, LSAP et Déi Gréng – c’est une configuration politique inédite qui s’installe aux commandes du pays, renvoyant le CSV, au pouvoir depuis des décennies, dans l’opposition.

Au regard de la morosité économique et sociale, les défis sont nombreux, tant au niveau national qu’international. Cette nouvelle coalition sera-t-elle en mesure  d’apporter les réponses nécessaires quant à la diversification économique et à la résorption du chômage ? Pourra-t-elle mener à son terme une réforme scolaire où prédominera l’égalité des chances pour chaque élève ? Pourra-t-elle surmonter la crise que nous endurons depuis plusieurs années sans démanteler l’Etat social ? Arrivera-t-elle à faire entendre sa voix sur l’échiquier européen alors que la construction européenne est au point mort ? Le Luxembourg pourra-t-il insuffler une nouvelle vision de l’Europe où priment la dimension sociale, humaine, et la solidarité entre les différents Etats ?

La volonté de cette nouvelle coalition pour apporter des réponses aux questions de citoyenneté et de justice sociale ne peut que nous réjouir. Le premier geste du nouveau gouvernement de faire voter très rapidement la réforme de la loi électorale pour les élections européennes, qui permet à tout ressortissant européen de s’inscrire sur la liste électorale européenne sans clause de résidence, est un signe encourageant de la détermination du gouvernement d’assurer une meilleure participation de tous les citoyens du Luxembourg. Certes, cette réforme était déjà sur les rails  avec l’ancienne majorité, mais la rapidité avec laquelle elle a été votée par la Chambre des Députés nous permet bien des espoirs pour les reformes à venir.

Or, des réformes sociétales, le pays et sa population en ont bien besoin. La première à mettre en route, probablement la plus symbolique, est l’accès à la nationalité luxembourgeoise. C’est une réforme qui économiquement ne coûte rien mais dont la portée symbolique est considérable pour l’avenir du pays. Réduire les délais pour accéder à la nationalité, réduire les prérequis linguistiques, introduire le droit du sol simple pour tout enfant né au Luxembourg et dont un des parents y réside légalement sont certaines des avancées promises lors de la campagne électorale des trois partis.

Notre pays dépend grandement de l’immigration. Sa société est de plus en plus socialement et culturellement métissée.  Le Luxembourg ne peut faire l’impasse sur l’accueil, l’orientation, l’information pour les citoyens résident au Luxembourg ou qui viennent de s’y établir. Accueil veut aussi dire accès au travail, création d’entreprises, accès au logement, scolarité des enfants. Ce sont des questions transversales sur lesquelles ce nouveau gouvernement ainsi que la Chambre des Députés sont appelés à travailler et à légiférer en tenant compte de la réalité du pays, de ses besoins et en déconstruisant les crispations identitaires qui, souvent, sont la résultante de droit et de privilèges acquis. C’est sur les réformes de société que cette nouvelle configuration politique à la tête du pays jouera sa crédibilité.

Le Clae restera attentif, apportera son expérience, sa connaissance du terrain et des besoins exprimés par de nombreux citoyens pour faire évoluer les dispositions législatives.    
 Franco Barilozzi
In Horizon n°122, janvier 2014

17 janvier 2014

Tous citoyens européens !


Tous citoyens européens ! est un projet porté par trois associations issues de l’immigration guinéenne et luso-guinéenne, l’Association des Guinéens et ami(e)s de Luxembourg (Aguilux), l’Association luso-guinéenne de Luxembourg (ALGL), l’Association guinéenne de Cabienque au Luxembourg (AGCL) ainsi que le Clae dans le cadre de l’actuelle campagne d’information et de sensibilisation sur les listes électorales européennes.

L’immigration guinéenne et luso-guinéenne relativement récente au Luxembourg pourrait s’expliquer par un itinéraire qui relie les rives de ces deux pays à celles du Portugal puis du Luxembourg. Beaucoup de personnes ont durement travaillé pendant des années, ont construit une famille, sont devenues en l’occurrence citoyens de l’Union européenne puis ont subi les effets les plus humainement déplorables d’une crise qui force à partir et à s’installer dans un nouveau pays. Personne, ni aucune statistique n’est vraiment en mesure de quantifier cette immigration, si ce n’est par la création et l’action d’associations qui se sont très rapidement mise en mouvement et portent le désir de s’inscrire dans notre société Grand-Ducale. Un Toc-toc-toc aura suffit pour nous embarquer ensemble dans ce nouveau projet qui permet de croiser les expériences et réflexions de chacun. Plusieurs aspects nous ont semblé importants.

Le premier était de relier ce projet à la réalité du terrain est d’informer les citoyens de leurs droits en matière électorale, de les accompagner si nécessaire dans les démarches administratives mais aussi de proposer un espace de discussion et d’échanges qui serait capable d’associer les enjeux des élections européennes aux réalités et conséquences concrètes sur la vie quotidienne. L’Union européenne est de ce point de vue un immense mécanisme dont le mouvement et les rouages restent difficilement déchiffrables et qui pourtant a de plus en plus de pouvoir sur les politiques y compris nationales. Les conséquences de ces élections sur la vie quotidienne sont indéniables mais le vaisseau navigue, parfois cabote en faisant perdre le cap aux passagers ! Il devient sous cet angle quelque peu paradoxale et intrigant que beaucoup d’études soulignent que le déficit d’intérêt pour les élections européennes relèvent très souvent d’un manque d’une vision d’utilité sociale et que dans le même temps peu d’initiatives permettent de mettre en avant cette approche. Le hiatus entre la macro-politique et les réalités liées au terrain est-il si abyssinal ? Beaucoup de personnes ont en tout cas au niveau local, y compris dans les Commissions consultatives communales d’intégration, des difficultés à trouver les ressources nécessaires à une telle approche. La conférence « L’impact des élections européennes sur le quotidien » qui sera organisée le dimanche 26 janvier à 15h00 en présence de Charles Goerens, député européen et d’Eduardo Dias représentant de l’Ogb-l ne pourra à elle seule venir combler toutes les attentes mais tentera d’apporter certaines réponses. L’accent sera mis sur les aspects qui concernent au plus près la situation des personnes invitées, à savoir tout d’abord ce qui touche l’immigration et la libre circulation, mais aussi les droits sociaux et les questions liées au travail.

Le deuxième aspect qui nous importait était de relier également cette conférence avec la convivialité. Le mot est aujourd’hui beaucoup utilisé et parfois galvaudé, mais il n’en demeure pas moins un aspect essentiel qui va au-delà du simple moment où tout à chacun partage un moment agréable en compagnie d’autres personnes. La convivialité est ici sans doute à inscrire dans une réflexion liée à la mise en acte de l’égalité et pourrait trouver sa source dans les premières élections démocratiques qui ont eu lieu au moment de la révolution française. À ce tournant, les élections ne consistaient pas uniquement à glisser de manière anonyme son bulletin ou sa part de souveraineté dans l’urne mais à également éprouver physiquement et collectivement, de manière souvent joyeuse et émotionnelle, l’égal-égalité de chaque citoyen. Elles donnaient lieu à de grands rassemblements qui pouvaient durer selon les circonstances plusieurs jours. Le chemin parcouru par la société, même s’il reste imparfait, nous fait souvent oublier qu’une telle occasion pouvait de facto symboliser une rupture profonde, une révolution en soi avec la société d’ancien régime intrinsèquement réparties en trois ordres. Il était précisément impensable de rassembler dans un même espace, les nobles déchus, le clergé malmené et l’ancien Tiers Etat. Renouer aujourd’hui avec cette tradition du rassemblement convivial nous force cependant, au-delà du sentiment d’égalité et des droits liés à chaque individu, à éprouver encore plus profondément notre commune humanité, à associer et partager sans détours, sous formes culinaire et autre, les cultures qui font que le Luxembourg, au-delà d’un pays démocratique, soit relier à lui-même, au monde et aux cultures qui l’inventent et le réinventent chaque jour.
Anita Helpiquet
In Horizon n°122, janvier 2014

9 décembre 2013

PRIMOTS, rencontres des littératures et des langues du Luxembourg



Il y a... le SUD
Il y a la minette et les poutrelles d’acier. La terre et les laminoirs. Les hommes et les familles venues de tant de pays  pour travailler ici et vivre dans la dignité. Il y a des histoires familiales comme des épopées qui attendent de s’écrire. Il y a beaucoup d’écrivains nés au Sud. Il y en a qui sont nés à l’ombre des haut fourneaux et qui ont usé leurs godasses dans les faubourgs des usines et des mines. Il y a donc les mots, les phrases et les histoires qui vont avec le Sud, un peu plus âcres peut-être. Il y eu aussi des grèves et beaucoup de justes revendications. Il n’y a pas de hasard au Sud. Comme une évidence, les littératures et les langues y sont chez elles. Pas plus qu’ailleurs mais il y a une convivialité et des lettres qui trouveront leur place dans ces nouvelles rencontres Primots : comme un juste retour, comme un cadeau aussi, il y a toutes ces cultures et ces grandes littératures qui disent et racontent ces familles si lointaines et pourtant si proches de nous.  CLAE 
Programme PRIMOTS, www.clae.lu

29 novembre 2013

Quand vous dites : « Husein Basić », tout le monde sait quels sont les objectifs d’une telle association.


Du 13 au 15 décembre, se dérouleront à Differdange les Rencontres des littératures et des langues du Luxembourg, PRIMOTS. La bibliothèque municipale, organisatrice de l’événement a choisi d’impliquer l’association Club littéraire Husein Basić. Nous avons rencontré Sead Ramdedović, secrétaire de l’association.

Quelles étaient les motivations pour créer une association autour de la littérature en référence à l’écrivain bosniaque Husein Basić ? Qui était-il ?
Nous étions quelques-uns, particulièrement intéressés par l’écriture et très enthousiastes à l’idée de réunir en une association tous les écrivains originaires des Balkans vivant et écrivant au Luxembourg. Créer une association, c’était aussi la nécessité d’avoir un éditeur, de pouvoir montrer en toute confiance nos écrits avant de les publier. L’association répondait également à un désir de partage, de coopération mutuelle, de conseils, de critiques. Voilà pourquoi, nous avons organisé, le 04 février 2013, une assemblée générale pour fonder l’association Club littéraire Husein Basić. 
Husein Basić est un poète et écrivain né en 1938 à Plav, au Monténégro. Il est le fondateur et premier rédacteur en chef de la revue Almanach, qui vise à protéger, étudier et rechercher le patrimoine culturel et historique des Bosniaques. Son roman Tudje gnijezdo (Le nid de quelqu’un d’autre) est inscrit au programme scolaire des écoles secondaires, ainsi qu’aux études de littérature de la Fédération de Bosnie. C’est un homme qui a passé sa vie à écrire sur l’histoire des Bosniaques, les massacres, les destructions subis par cette population. Certaines victimes vivent aujourd’hui au Luxembourg. Quand vous dites : «  Husein Basić », tout le monde sait quels sont les objectifs d’une telle association.

Pouvez-vous néanmoins expliquer ?
Le principal objectif de notre association est la préservatio­n du patrimoine culturel bosniaque. Les Bosniaques vivent dans toutes les régions de l’ex-Yougoslavie. C’est une population qui a beaucoup souffert de la guerre des Balkans (1912-13) et de celle des années 90. Les Bosniaques se sont vu refuser le droit d’exister, le droit d’avoir leur nom, leur histoire, leur culture, leur propre Etat. Tout ce qui a été créé durant des siècles a été dévasté, dissimulé. En ce qui concerne la littérature plus particulièrement, cette nation a donné quelques écrivains extraordinaires. Pour que leurs écrits ne disparaissent pas, il leur a fallu prendre la nationalité serbe. Les chansons et poèmes issus de la tradition héroïque épique constituent le plus grand patrimoine culturel bosniaque. Il a été systématiquement détruit. De cette tradition homérique, il ne subsiste qu’un seul enregistrement effectué par le poète Avdo Medjedović.

Quelles sont les activités de l’association ? Quelles difficultés rencontrez-vous ?
Nous aidons à la publication et à la diffusion des ouvrages d’auteurs de l’ex-Yougoslavie. Nous avons récemment édité le roman intitulé X ou Y écrit par Edit Agović, membre de notre Club littéraire. La première présentation de l’ouvrage aura lieu en novembre au Clae. Notre président Faiz Softić qui est un écrivain reconnu en Bosnie et Herzégovine, est très attentif à la qualité des ouvrages édités.
Les difficultés que nous rencontrons sont principalement de nature financière. Jusqu’à présent, nous avons organisé et financé personnellement nos projets. Nous n’avons pas de sponsors et n’avons toujours pas demandé de l’aide aux institutions luxembourgeoises.

Votre association collabore à la revue en bosniaque Bihor édité par l’asbl Zavicajni Klub Bihor. Pouvez-vous nous la présenter ?
La revue Bihor est le premier journal bosniaque au Luxembourg édité par le Club Bihor et nous en sommes fiers. Ruzdija Kocan qui est à l’origine du projet, l’avait conçu au départ comme un bulletin. Avec l’arrivée de Faiz Softić, qui est rédacteur en chef de la revue, et des auteurs membres de notre association, le journal a pris une autre dimension. La revue contient des articles sur l’histoire, la culture, les sciences, la politique, la vie courante en lien avec Bihor, la région d’où viennent la majorité des Bosniaques vivant au Luxembourg. La revue publie également un ou deux textes sur le Luxembourg et l’intégration des Bosniaques dans ce pays.

Quel regard avez-vous sur les littératures du Luxembourg ? Avez vous des contacts avec d’autres écrivains au Luxembourg ?
Parmi les auteurs luxembourgeois, il y a des créateurs exceptionnels que de grands pays peuvent envier, comme Guy Helminger et Jean Portante dont les œuvres me paraissent magiques. Je pourrais leur reprocher qu’ils n’écrivent pas dans leur langue maternelle, le luxembourgeois, bien que celle de Jean Portante soit l’italien. Je considère que le rôle des écrivains est de conserver et préserver leur langue maternelle. Nous avons déjà eu l’occasion de rencontrer Jean Portante. Faiz Softić a participé à plusieurs reprises avec lui à des soirées littéraires. Nous sommes une jeune association et le contact avec des écrivains luxembourgeois est un de nos objectifs. En ce sens, j’espère que les Rencontres des littératures et des langues qui auront lieu à Differdange en décembre seront une occasion d’échanges.

Justement, parlez-nous de ces rencontres auxquelles vous allez participer.  Comment s’est mise en place cette collaboration avec la ville de Differdange ?
Jean Philippe Ruiz du Clae nous a présenté Fio Spada, responsable de la Bibliothèque municipale de Differdange qui organise, depuis quelques années, avec la commission culturelle de la Ville, les Lundis littéraires. Elle nous a associé à l’organisation de PRIMOTS. Notre contribution à cet événement sera une rencontre avec quatre femmes du monde littéraire de l’ex-Yougoslavie : Diana Burazer (Croatie), Nadia Rebronja (Serbie), Hedina Tahirović (Bosnie-Herzégovine) et Ljubica Ostojic (Bosnie-Herzégovine). Elles évoqueront la situation des écrivaines dans les Balkans ainsi que l’importance de la langue maternelle dans la littérature. Une interprétation simultanée vers le français sera assurée.  Cette rencontre se déroulera le samedi 14 décembre à partir de 18h. Le voyage dans les Balkans se poursuivra par une belle soirée avec les chorégraphies musicales du groupe Selma et Selma. Le public pourra également rencontrer des auteurs de France, d’Italie, d’Espagne, du Portugal, de Roumanie, du Cap-Vert et du Luxembourg. On s’attend aussi à la présence d’un grand nombre d’amateurs de livres de partout dans le monde.

Propos recueillis par Claudine Scherrer
In Horizon n°121, novembre 2013

18 novembre 2013

Roger Manderscheid traduit en espagnol par l'écrivaine péruvienne Teresa Ruiz Rosas

Le roman kasch, e genie verschwënnt an der landschaft de l’écrivain luxembourgeois Roger Manderscheid vient de paraître en 2013 en langue espagnole, Gente de madera aux éditions Igitur (Espagne). La traduction a été réalisée par l’écrivaine péruvienne Teresa Ruiz Rosas que le CLAE avait invitée au Salon du livre et des cultures du Luxembourg en 2009 et 2011. Lors de sa seconde venue, elle fut également deux semaines en résidence d’auteur au Centre national de littérature (CNL) à Mersch. Au moment de quitter le Luxembourg, elle évoquait un projet de traduction.

Un des plus grands noms de la littérature luxembourgoise contemporaine est traduit en espagnol par une écrivaine péruvienne émigrée en Allemagne depuis des années. Le cheminement de la littérature luxembourgeoise à la littérature espagnole s’est fait par des sentiers étonnants. Comment s’est faite la rencontre ?
Teresa Ruiz Rosas : Lorsque je visite un pays, ce qui m’intéresse toujours, c’est d’abord la langue. Et comme la littérature est la manifestation la plus belle d’une langue, alors je cherche la littérature du pays... pour mieux le connaître d’une certaine façon car je suis très curieuse. En 2011, c’était mon troisième séjour au Luxembourg. La première fois, je crois que c’était en 1998, à l’occasion d’une rencontre de radios indépendantes. Et à chaque fois, à l’initiative de Paca Rimbau, nous avons visité le Centre national de littérature. Je me suis dit que, cette fois, j’allais essayer de m’approcher de la littérature luxembourgeoise.

L’œuvre de Roger Manderscheid est importante, notamment dans la diversité des genres : récit, roman, poésie, pièce radiophonique… Pourquoi ce roman kasch, e genie verschwënnt an der landschaft ?
Lors de cette résidence d’auteur, j’ai eu l’occasion de beaucoup parler avec Germaine Gœtzinger, la directrice du CNL. Je connaissais déjà son engagement, sa connaissance et sa passion pour la littérature de son pays. C’est lors de ces échanges que j’ai décidé de proposer la traduction de kasch, e genie verschwënnt an der landschaft.  Je trouvais ce roman fascinant et d’une telle originalité par ce jeu de présence à travers l’absence du protagoniste, l’obsession de l’artiste de faire vivre son ami dans ses œuvres en bois mille fois répétées... C’est pour cela que je me suis permise de changer le titre en Gente de madera... Le bois a une connotation très positive en espagnol. Et même si vers la fin, l’histoire devient un peu mélodramatique, c’est une écriture très honnête, sans imposture et aussi une critique courageuse de la société luxembourgoise... C’est peut-être, l’œuvre de maturité par exellence de Manderscheid.

La plupart des ouvrages de Manderscheid ont été traduits en allemand, parfois par l’auteur lui-même. Certains textes ont été traduits vers le néerlandais, l’anglais, le portugais. Avec Gente de madera paraît la première traduction en espagnol. Comment a-t-il-été accueilli en Espagne ?
J’ai travaillé avec la traduction allemande faite par Manderscheid lui-même. La réaction que j’ai le plus souvent entendue a été : « Est-ce-qu’il existe une langue luxembourgeoise ? Je croyais qu’au Luxembourg on parlait français... » L’accueil du roman a  commencé avec l’éditeur. Igitur est une maison d’édition indépendante, avec une excellente réputation en Espagne,  surtout en poésie. On peut trouver Gente de madera dans les librairies les plus importantes... Le roman est également vendu en Amérique Latine, notamment en Colombie.

Peut-on le trouver au Luxembourg ?
Oui, bien sûr, Gente de madera sera en vente en librairie au Luxembourg. Dans un premier temps, les personnes intéressées le trouveront au stand des éditions Ultimomondo lors des Walferbicherdeeg, les 16 et 17 novembre. Avec Guy Rewenig, nous avons prévu une présentation à Luxembourg-Ville fin novembre ou début décembre.

Vous êtes également écrivaine, romancière. Travaillez-vous actuellement sur un projet ?
Oui, oui. Je viens de publier mon 4e roman au Pérou, Nada que declarar, « Rien à déclarer », 500 pages où je questionne la traite des Femmes, la prostitution forcée à la lumière de notre époque, disons, après l’héritage de mai ‘68... Je présente un contraste avec l’image d’une femme libre qui vit sa sexualité comme elle veut... Je pense qu’on a trop mythifié les prostituées dans la littérature sans assez approfondir les questions de l’esclavage, de l’humiliation, de l’exercice du pouvoir dans une situation de vulnérabilité. Et je propose une héroïne capable de se libérer à la fin...

Propos recueillis par Claudine Scherrer
In Horizon n°121, novembre 2013




15 novembre 2013

Autour de l'Etat-Relations


L’idée d’un Etat-Relation est une création sémantique somme toute poétique de Jean Philippe Ruiz qui lors d’un discours pour de la remise du Bicherpräis par les éditions Ultimomondo lança une invitation à tracer les contours d’un Etat qui repenserait la manière de faire société. La question centrale d’une telle interpellation ne peut se laisser réduire à quelques affirmations mais j’aimerais toutefois profiter de cet article pour établir un lien avec l’histoire contemporaine du Luxembourg.

Le Grand-Duché de Luxembourg s’est construit au cours de son histoire sous la forme d’un Etat-Nation qui ne peut être dissocié au XIXe siècle de l’idéal de démocratie. Or, les révolutionnaires français et américains ne pouvaient à l’époque de la « grande effervescence » séparer la démocratie comme régime de la souveraineté du peuple de la démocratie comme forme d’une société d’égaux. L’idée est généreuse et a été malmenée au Luxembourg comme partout ailleurs en Europe par les élites locales ou nationales qui à partir des années 1830 préférèrent circonscrire cet idéal à une forme de démocratie libérale qui s’est contentée d’introduire une égalité basée sur des mêmes droits politiques et civiques tout en prenant le soin d’introduire un suffrage censitaire. Rappelons que dans les années 1840, lors des premières élections qui ont eu lieu au Luxembourg, seul 3% de la population en âge électoral, payant un certain niveau d’impôt, constituait le corps électoral. Le développement de la révolution industrielle fit que ce sont les mêmes hommes détenteurs d’un capital foncier ou économique qui dirigeaient le pays.

Les commentaires peu critiques sur l’histoire de la démocratie laissent à penser qu’au fil du temps et des progrès, la question sociale fut introduite et que le corps électoral s’est progressivement, presque sublimement élargi pour finalement inclure en 1919 l’ensemble des hommes et des femmes de ce pays. L’histoire est belle et se laisse conter…  la réalité est un peu moins candide !
Pour tenter de la saisir, il convient sans doute de revenir aux débuts de la révolution industrielle qui modifia le pays en profondeur. La construction des haut-fourneaux dans le sud du pays ne se contenta pas d’altérer les paysages bucoliques mais transforma également la société. Alors qu’elle pouvait auparavant se décrire comme une société agricole, où les hommes s’ils ne disposaient pas exactement des mêmes revenus, vivaient cependant dans des conditions similaires, elle se composait dorénavant de classes sociales au destin et conditions très inégalitaires.

Outre les considérations liées à l’indépendance du pays, la classe dirigeante confrontée aux luttes sociales qui se sont exprimées à travers les mouvements ouvriers et syndicaux, a choisi, pour régler la question sociale, la voie de la nation solidaire. Elle consistait non seulement à inclure les ouvriers à la nation en leur accordant le droit de vote mais aussi à réduire les inégalités socio-économiques existantes par une politique d’intervention sociale. C’est au début du XXe siècle que les premières lois sur l’assurance chômage, l’assurance accident, l’assurance vieillesse furent introduites. Nous ne pouvons jusqu’à maintenant que saluer ces avancées à la fois politiques et sociales qui ont constitué une rupture avec la démocratie libérale du XIXe et posé les premières pierres d’un Etat économiquement plus solidaire.

Ce renforcement de la solidarité s’est cependant symptomatiquement réalisé par l’exclusion des étrangers de la nation et de la citoyenneté mais a marqué encore peut-être plus profondément, c’est sur ce point que nous voulons venir, la façon d’imaginer le lien qui relie les hommes dans une société. Les discours actuels sur l’intégration basée sur la langue luxembourgeoise ne peuvent que nous confirmer dans cette hypothèse. Lors de la campagne électorale des législatives, nous lisions sur les affiches qui s’égrènaient sur la voie publique : Lëtzebuergesch = Integratioun  – en n’ignorant pas que ce discours devenu dominant est relayé par certaines associations issues de l’immigration et plus médiatiquement par ceux qui veulent défendre les droits des travailleurs immigrés – autrement dit : le seul fait de parler une même langue définit le lien qui unit les hommes d’une même société.

Pour comprendre ce changement de paradigme, revenons aux sources de l’idéal révolutionnaire qui envisageait l’égalité non pas comme une forme de ressemblance culturelle partagée, mais plutôt comme une forme de similarité et d’autonomie. La première pouvait s’expliquer par la capacité de reconnaître l’égalité de chaque homme indépendamment de ses différences tandis que la deuxième pouvait, comme l’écrit Rosanvallon, se définir négativement par l’absence de subordination – positivement comme un équilibre de l’échange. Ces deux caractéristiques de l’égalité généralement associées à l’exercice de la citoyenneté étaient impensables dans une société industrielle structurée par la subordination économique et divisée par les luttes sociales. Le choix de la ressemblance culturelle dont les contours ont été dessinés par l’appropriation nationale de la langue luxembourgeoise laisse dans ce sens présager que le recours à l’identité nationale a permis dans une société désolidarisée de construire un sentiment d’égalité entre les hommes d’un même pays, même si cette égalité s’est construite autour de l’exclusion de ceux qui ne partageait pas ces références symboliques et linguistiques.

Impossible aujourd’hui de refaire l’histoire mais peut-être pouvons nous humblement tenter de la comprendre et déconstruire toutes les évidences parfois très simplistes qui détournent la langue luxembourgeoise de ses fonctions premières de communication, reconnaissance et référence commune et réduisent le débat sur la manière de faire société. Osons revisiter l’idée d’égalité !!!

Anita Helpiquet
(In Horizon n°121, novembre 2013)

13 novembre 2013

Mémorandum au formateur du Gouvernement


Faire société ensemble

Dans un pays aussi atypique que le Luxembourg, dont la population résidente de nationalité étrangère dépasse les 43%, chiffre qui ne pourra qu’augmenter à l’avenir, le défi majeur est de construire une société qui tend à réduire les différences entre les citoyens, une société sans racisme et discrimination, une société, culturellement métissée, où la reconnaissance des références culturelles de chacun permet un enrichissement mutuel.

L’évolution des législations, surtout lorsqu’elle est sujette à débats, est parfois lente. La fin prématurée de la législature 2009-2013 a laissé en suspens plusieurs réformes fondamentales pour l’avenir de la société luxembourgeoise, notamment la réforme des lycées et la réforme de la loi sur l’acquisition de la nationalité luxembourgeoise.

Nous espérons que, tant au gouvernement qu’à la Chambre des députés, la nouvelle coalition mettra l’accent sur les atouts de notre société et non sur les problèmes qui pourraient éventuellement découler de notre mixité. Tout discours anxiogène et toute crispation identitaire, que ce soit concernant la langue ou la nationalité doivent être bannis des discours publics. Un pouvoir politique ouvert ne peut que générer une société ouverte.

Par le présent, le Comité de liaison des associations d’étrangers (CLAE) se permet de soumettre aux différents partis un certain nombre de propositions et de requêtes pour l’avenir de notre pays.

Propositions pour la prochaine législature

a) Droits politiques
Dans un souci démocratique, la nouvelle législature doit favoriser la participation politique des résidents de nationalité étrangère, et ce à tous les niveaux décisionnels. Le Clae tient à rappeler que la participation des citoyens de nationalité étrangère aux élections législatives est inscrite dans le programme électoral des trois partis de la coalition. Même si le sujet est sensible, nous espérons que cette volonté ne sera pas reléguée aux oubliettes.

En mai 2013, un projet de loi portant modification de la loi électorale modifiée du 18 février 2003 a été déposé, visant notamment à supprimer toute condition de durée de résidence des électeurs et des candidats ressortissants d’un autre Etat membre de l’Union européenne dans le cadre des élections du Parlement européen. Le Gouvernement doit veiller à ce que les nouvelles dispositions de la loi électorale entrent en vigueur pour les prochaines élections européennes de mai 2014 et ainsi voter le projet de loi avant le 28 février 2014, date limite des inscriptions sur les listes électorales. Pour rappel, la date d’expiration du délai de transposition de la directive 2013/1/UE est le 28 janvier 2014.

D’une manière plus générale, nous souhaiterions que les voix de l’immigration puissent se faire entendre à différents niveaux, c’est pourquoi nous suggérons, que toutes les Commissions Consultatives d’Intégration reflètent la composition de la population de la commune.

b) Droits sociaux
L’accès au logement reste un domaine crucial dans la politique luxembourgeoise. Les politiques suivies ces dernières années nous ont conduit dans une impasse. Une remise à plat de toute la politiques d’aide au logement et de construction de logement sociaux et de foyers pour personnes seules s’impose et des décisions courageuses doivent être prises de concert entre l’Etat et les communes afin de lutter contre la spéculation, les marchands de sommeil et pour permettre à tous, quelque soient leurs moyens financiers ou leur situation juridique, d’accéder à un logement décent.

Le Clae propose que les demandeurs d’asile déboutés mais bénéficiant d’un statut de tolérance soient automatiquement régularisés après trois années passées au Luxembourg. Ceci devrait également valoir pour les demandeurs de protection internationale qui sont toujours en procédure après ce laps de temps

Nous aimerions également que le Luxembourg se dote d’une couverture sociale universelle minimale qui permettrait aux personnes en situation irrégulière d’avoir accès aux soins de santé. En plus de son aspect humanitaire, une telle disposition serait un investissement pour la santé publique. Concernant le droit au travail, nous demandons, surtout en cette période de crise économique, que toute mesure promouvant l’égalité de droits entre les travailleurs soit favorisée, tant dans le secteur privé que le secteur public. Le détachement des travailleurs, tel que préconisé par l’UE, notamment, est source de dumping social et de précarité. Au niveau public, nous demandons que la qualification prime sur la connaissance des langues.

Le Luxembourg doit se donner les moyens de lutter efficacement contre le chômage des jeunes, qui ne cesse d’augmenter ces dernières années. Les mesures prises ou qui devraient entrer en vigueur avec l’initiative « garantie jeunes » ne seront pas un remède miracle. Le Gouvernement doit mettre en place un plan cohérent, ce qui ne pourra se faire sans une réforme ambitieuse du système scolaire (voir infra).

c) Scolarisation et Formation professionnelle
Une société socialement juste est une société qui oeuvre en faveur de l’égalité des chances. Malgré une prise de conscience de plus en plus grande de la diversité sociale et culturelle des enfants scolarisés au Luxembourg et malgré des réformes passées et à venir, force est de constater que le système scolaire luxembourgeois reste très peu égalitaire face aux différences sociales et culturelles de ses élèves.

Considérant ces inégalités dans une société qui est de plus en plus celle de la connaissance, nous proposons que toute attention soit portée sur les réformes scolaires à venir. Nous rappelons que l’ancienne Ministre de l’Education Nationale a proposé un projet de réforme des lycées, qui sans être parfait, ne devrait pas être démantelé. Beaucoup de propositions pour lutter contre l’échec scolaire vont dans le sens d’une double alphabétisation (en allemand ou en français). Nous nous permettons d’attirer l’attention sur le risque de ghettoïsation d’une telle mesure, si elle n’est pas murement réfléchie.

Il semble également primordial pour le Clae que le nouveau gouvernement se penche avec beaucoup de sérieux sur l’insertion professionnelle non seulement des nouveaux immigrés, mais aussi des personnes durablement installées sur le territoire. Nous aimerions que la plupart des formations professionnelles les plus qualifiantes soient proposées en français et en allemand. Nous demandons également qu’un effort soit fait au niveau de la reconnaissance des diplômes des résidents originaires des pays tiers. Dans le sens de ces dernières remarques, nous proposons la création d’un centre d’information pour l’insertion professionnelle, chargé du conseil et du suivi des personnes demandeuses. De même, les procédures de validation des acquis de l’expérience, de la reconnaissance des diplômes et du brevet de maîtrise doivent être réformées et simplifiées.

d) Evaluation des lois relatives à la libre circulation des personnes et l’immigration, à l’accueil et l’intégration et à l’acquisition de la nationalité luxembourgeoise
Les règles relatives à l’accès au territoire et au travail, à la réunification familiale doivent être simplifiées et perfectionnées. La politique d’accueil, de soutien, d’information et d’orientation pour les nouveaux arrivants – sans oublier les personnes déjà installées – doit être renforcée.

Comme doivent être renforcées les politiques et les actions qui promeuvent le travail interculturel au sein d’une société de plus en plus métissée culturellement. Dans ce cadre, les politiques relatives à l’immigration, l’asile, l’accueil, l’orientation, l’information et la formation, l’accès au travail, la participation sociale et politique ainsi que la promotion des relations interculturelles doivent être mieux coordonnées entre les différents services et administrations. Pourquoi ne pas envisager un nouveau département ministériel qui englobe toutes ces politiques en son sein ?

Un projet de réforme de la loi sur l’acquisition de la nationalité luxembourgeoise a été déposé en avril dernier et n’a pu être voté en l’état avant les élections. Si nous saluons les avancées prévues par le projet de loi, notamment l’abaissement de la durée de résidence pour l’acquisition de la nationalité, la nouvelle coalition peut encore améliorer ce texte, notamment en ce qui concerne le niveau de maîtrise de la langue luxembourgeoise. Nous prônons également l’introduction du simple droit du sol dans la législation luxembourgeoise.

e) Nouvelles immigrations internes à l’Europe
La crise économique a provoqué de nouvelles immigrations intra-européennes venues des pays en difficulté. La réponse à l’accroissement de nouveaux arrivants, qui proviennent notamment du Portugal, de l’Espagne et d’Italie, vient du mouvement associatif et des structures consulaires de ces pays sans que les autorités, en invoquant à juste titre, le droit à la libre circulation dans l'espace UE, promeuvent d’action spécifique. Le CLAE a entamé des initiatives pour informer les politiques et la société civile de cette situation ainsi que pour entreprendre une coordination des actions et réclame des autorités un soutien spécifique aux associations qui ont créé, par leurs propres moyens, des initiatives d'accueil et d'assistance pour ces nouvelles immigrations.

f) Le Projet de loi sur les asbl et les fondations
Le 10 juin 2009 un projet de loi sur les associations sans but lucratif et les fondations, visant à remplacer la loi de 1928, avait été déposé. Vivement critiqué à l’époque, ce projet de loi avait été retiré de la procédure législative. Quatre ans plus tard, aucune autre proposition de réforme de la loi de 1928 n’a été déposée. Le Clae tient à faire part au nouveau gouvernement de la nécessité d’une telle réforme.

Vers une Europe plus unie ?
Pour la première fois, en 2014, le scrutin pour les élections européennes se déroulera indépendamment de celui des élections législatives. Ce seront également les premières élections du Parlement depuis l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, qui lui confère de nouvelles prérogatives législatives, notamment en matière d’immigration. Il semble particulièrement important pour le Clae qu’une véritable campagne soit menée au Luxembourg sur l’importance de ces élections et de leur impact sur la société qui est la nôtre.

Il est de plus en plus primordial pour l’Europe d’accélérer le glissement de l’intergouvernemental à la responsabilité collective. La solidarité entre pays européen est un enjeu crucial autant du point de vue économique que de celui des politiques migratoires. L’Europe doit dépasser la « realpolitik » qui domine actuellement dans les états-membres et qui les pousse à s’enfermer dans des logiques nationales en dépit des nécessités, voire des réalités. L’Europe sociale est au point mort. Les questions de justice sociale doivent devenir la priorité d’une Europe où les inégalités, le chômage ne cessent d’augmenter. Le Clae fera en ce sens des propositions concrètes lors de la campagne pour les élections européennes.

15 octobre 2013

Aguilux, la toute jeune et unique association guinéenne du Luxembourg


Pour ce numéro de rentrée, nous vous proposons de faire connaissance avec l’Association des Guinéens et Amis de Luxembourg (Aguilux). Nous avons rencontré Ibrahim Diallo et Alpha Barry, respectivement président et secrétaire de l’asbl.  Ils nous présentent les projets et objectifs de l’association créée il y a deux ans et évoquent également la situation actuelle de la Guinée.

Ancienne colonie française, la Guinée subit depuis plus de cinquante ans un autoritarisme politique exercé par les présidences successives. Les élections législatives, prévues à l’origine en 2011 et reportées à plusieurs reprises auront lieu le 24 septembre.

Pouvez-vous nous parler de la création de votre association ?
L’idée de créer une association est venue à l’occasion d’une rencontre familiale traditionnelle, en mars 2011. Nous avons pensé qu’une structure associative serait la bienvenue pour accueillir les Guinéens du Luxembourg et notamment les primo arrivants. Certains parmi nous avaient par ailleurs déjà une certaine expérience de la vie associative. C’est ainsi qu’Aguilux a été créée en septembre 2011. Nous sommes une toute jeune structure qui regroupe des personnes qui ont grandi en Guinée, dans d’autres régions d’Afrique ou en Europe. Certains membres ont la double nationalité portugaise, française ou espagnole... Mais tous, nous nous sentons Guinéens. Actuellement il y a environ une centaine de personnes d’origine guinéenne au Luxembourg et Aguilux est la seule association guinéenne du pays. On confond souvent la Guinée avec la Guinée-Bissau dont la culture est représentée par plusieurs associations au Luxembourg.

Quels sont les principaux objectifs de l’association ?
Notre objectif premier est de créer du lien social car c’est le ciment de la relation humaine. Nous voulons donner aux Guinéens et amis de la Guinée des opportunités de se rencontrer par le biais d’activités ou de projets. Nous souhaitons aider les primo-arrivants à s’orienter au Luxembourg, que ce soit pour la recherche d’un logement, de cours de français, de démarches administratives.

Promouvoir la culture guinéenne au Luxembourg est bien sûr également un objectif important de notre association. Nous constatons que souvent les personnes ont une perception spontanée de la culture de certains pays d’Afrique, comme par exemple pour le Sénégal alors que la culture guinéenne est totalement méconnue. Voilà pourquoi nous souhaitons montrer le rayonnement et la beauté de notre culture à travers l’art (la sculpture, la peinture ou la musique), à travers l’habillement et les traditions culinaires.

Quelles activités avez-vous réalisées ?
Nous sommes une toute jeune association et n’avons pas encore eu le temps de développer de nombreuses activités. Néanmoins, dans le prolongement de l’aide que nous proposons aux primo-arrivants, nous organisons des cours de langues et des cours d’initiation à l’informatique. Nous avons participé à des rencontres internationales d’associations guinéennes à Bruxelles, à Barcelone et en Italie. Tous les continents étaient représentés. Le but de ce réseau est de contribuer à l’émergence d’une diaspora guinéenne, d’être en lien avec la situation du pays et de mettre en place des choses pour renforcer la Guinée, notamment sur le plan de l’économie et de la santé. Notre association est très active dans ce réseau. L’ancien modèle était de créer une association pour aider un village. Nous voulons agir ensemble pour une région (un pays), pour construire quelque chose de durable, pour attirer l’attention sur la Guinée.

Justement, pouvez vous nous parler de la Guinée et notamment de la période de violence, d’instabilité politique actuelle ?
La Guinée est un pays qui dispose de richesses naturelles, un pays dont la terre est fertile. Mais c’est un pays qui est toujours à la conquête de la démocratie. Le tissu social de la Guinée se déchire. On entretient les tensions ethniques. Un lien existe entre les différentes ethnies mais ce lien est nié et cela porte atteinte à la stabilité du pays. Ce n’est pas l’image de la Guinée que nous connaissons. La population ne demande qu’à travailler la terre, à exploiter les richesses naturelles. Nous craignons que les générations passent et que la situation reste.

Envisagez vous également des projets en direction de votre pays d’origine ?
Nous avons à plusieurs reprises évoqué dans l’association l’idée de se procurer du matériel hospitalier inutilisé pour les acheminer en Guinée.  Mais pour l’instant, nous ne savons pas encore comment effectuer ce genre de démarches auprès des hôpitaux de Luxembourg. Nous réfléchissons également à l’organisation d’une conférence sur la Guinée.

Pour conclure cet entretien, qu’aimeriez vous rajouter ?
Je n’avais jamais imaginé vivre au Luxembourg et aujourd’hui, je n’ai plus envie de partir. Il y a au Luxembourg un brassage des cultures, un cadre d’éducation pour les enfants, un environnement rassurant et sécurisant. Je vis depuis une dizaine d’années en Europe et depuis deux années au Luxembourg et c’est ici dans ce pays que je me sens réellement en Europe. Pour terminer, il nous tient à cœur de dire que toute personne et toute association qui souhaite collaborer avec nous est la bienvenue à Aguilux.

In Horizon n°120, septembre 2013

Participons aux prochaines élections sociales !



Les élections sociales ont pour le Clae une signification toute particulière puisqu’il s’agit des premières élections au Luxembourg qui ont vu la participation de personnes issues de l’immigration.

En effet, les salariés de nationalité étrangère ont acquis le droit de vote aux Chambres professionnelles, il y a vingt ans cette année, après une bataille menée par l’Asti et le Clae à l’encontre du Gouvernement. Les deux associations s’insurgeaient contre le fait que les salariés de nationalité étrangère devaient s’acquiter d’une cotisation auprès d’une institution qui leur refusait tout droit de participation. Une procédure judiciaire a été menée et a abouti, en 1994, à une condamnation du Luxembourg par la Cour de Justice des communautés européennes au motif que la législation en la matière allait à l’encontre de la libre circulation des travailleurs à l’intérieur de la Communauté européenne. Au moment de cette condamnation, le Luxembourg avait déjà procédé au changement législatif en votant la loi du 13 juillet 1993 qui abolissait la condition de nationalité dans les Chambres professionnelles salariales. Cette condition de nationalité fut cependant maintenue quelques années encore pour les Chambres professionnelles patronales. Ainsi, tous les salariés sans distinction de nationalité purent participer à l’automne 1993 aux élections de la Chambre du travail et de la Chambre des employés privés.

L’égalité démocratique que le Clae revendique trouve sa pleine expression dans cette consultation électorale. La qualité d’électeur ne relève pas d’une question de nationalité, de lieu de résidence mais de l’inscription sociale dans ce pays. C’est à ce titre également que le Clae ne peut qu’encourager et sensibiliser tous les salariés, retraités à participer aux élections sociales en novembre prochain.

In Horizon n° 120, septembre 2013