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17 octobre 2016

« Dans notre cerveau, il y a l’humanité entière »

Rencontre avec l’écrivain Jean Portante, suite à la parution de son dernier roman, Architecture des temps instables, pour lequel il a reçu le prix Servais.
En filigrane de votre dernier roman, les thèmes qui sont au centre de votre écriture : la migration, les langues…
Ces thèmes là sont dans tous mes livres, ils forment l’épine dorsale de mon écriture. C’est ce que disait la baleine de mon roman Mrs Haroy ou la mémoire de la baleine. Ils se sont faufilés dans l’écriture, naturellement, parce qu’ils font partie de mon histoire. Par eux, mes livres deviennent autobiographiques. Mais, puisque je ne suis pas le seul sur terre à être né de l’immigration, à l’avoir vécue, ils désertent aussitôt l’autobiographique pour devenir universels. Chaque migrant est un être de l’entre-deux. Il n’est déjà plus ce qu’il a été sans être encore ce qu’on croit qu’il est, après plusieurs générations. C’est une baleine. Qui, elle, n’est déjà plus le mammifère terrestre qu’elle a été, mais n’en est pas pour autant un poisson. Les migrants, disent mes livres, sont des êtres de l’entre-deux, avec tout ce que cela comporte de déchirements et d’enrichissements. Ils deviennent par là des caractères littéraires par excellence. Tragiquement coincés dans un territoire qui va du provisoirement définitif au définitivement provisoire. L’universalité leur vient aussi du fait qu’ils ne sont liés à aucun temps. Evoquer les migrants du début du xxe siècle, par exemple, revient à parler des migrants d’aujourd’hui. Je suis sûr que mon grand-père paternel – Domenico était son prénom – quand il a, en 1913, mis pour la première fois les pieds dans notre pays, il n’a, mal rasé qu’il était, et drapé dans des vêtements usés, pas été plus le bienvenu qu’un Rom ou un Syrien aujourd’hui. La littérature permet de mettre tout cela en perspective. Elle raconte que les migrants, comme la baleine, s’adaptent à la nouvelle donne pour devenir des habitants à part entière du pays choisi. Un descendant d’Italiens est aujourd’hui chez nous le président de notre Chambre des députés. Des Turcs naturalisés allemands sont au Bundestag. Et, tenez, même le Hongrois Sarkozy a réussi l’adaptation. Les migrants d’aujourd’hui sont toujours les autochtones de demain.

La langue originelle se cache-t-elle toujours derrière la langue de l’écriture ? 
Quand on me demande dans quelle langue j’écris, il m’est toujours difficile de répondre. Si je dis que c’est en français, je mens. Pourtant, pour des raisons de commodité on me range du côté des, disons, francographes. Parce que la langue que j’utilise a l’aspect du français. C’est ce qui se voit. Or, tout ne se voit pas. Il faut alors repenser à la baleine, et bon nombre de mes lecteurs le font, y compris ceux qui étudient mon œuvre. La baleine n’est pas seulement la métaphore de la migration, elle est également la source de ma langue. Regardez-là dans l’eau, avec ses nageoires et sa forme calquée sur celle des poissons. Et bien, à l’intérieur d’elle, après toutes les métamorphoses qu’elle s’est imposées pour pouvoir vivre sa vie aquatique, elle a gardé un organe encombrant qui lui vient de la terre ferme : le poumon. En elle « poumonne » la vie d’avant. Tout comme dans ma langue « poumonne » la langue d’avant. À savoir l’italien. La langue maternelle. Je réponds donc, quand on me demande dans quelle langue j’écris, que je le fais en langue baleine. Avec le français qui se voit, et l’italien qui travaille depuis l’intérieur. Ainsi, quand j’écris, et je le fais souvent, le mot français « pelle » – il renvoie à un instrument assez biographique puisque les miens, ouvriers, en ont manié plus d’une –, on ne voit pas tout de suite qu’à l’intérieur de lui poumonne le mot italien « pelle » qui, lui, signifie « peau ». On croit que je parle de pelles, mais c’est de peau qu’il est question. Cela me permet de raconter, en un seul mot, la mort de mon grand-père Domenico, à l’usine de Differdange en 1932, lui qui a perdu sa peau en maniant la pelle...

Par extension de ces thèmes, la mémoire, l’origine, l’histoire familiale, voire l’autobiographie, revêtent également une grande importance dans vos écrits…
Chaque écrivain glisse toujours des éléments autobiographiques dans ses livres. Mais il les glisse dans un mélange de fiction. De ce fait, même ce qui a à voir avec sa vie quitte la réalité pour devenir fiction. Ce qui varie, d’un écrivain à l’autre, c’est le dosage. Chez moi, bien des choses me viennent de ce que j’ai vécu. Ou que d’autres ont vécu autour de moi. La dose est donc élevée. Comme chez Proust par exemple, ou chez Apollinaire. Cela ne transforme pourtant pas mes livres en récits autobiographiques. Je parle de ce que je connais. Mais dès qu’un élément biographique touche un élément fictif, tous les deux se noient irrémédiablement dans la fiction. Il en va de même avec la mémoire qui, quand les mots la touchent, devient, elle aussi, fiction. Si nos souvenirs veulent échapper à la fiction, il faut qu’ils restent ensevelis dans l’oubli.  

Pour rebondir à nouveau sur votre dernier roman, il donne voix à plusieurs générations d’une famille, entre différents pays… Vous y franchissez, comme on dit, les « frontières » de l’espace et du temps. Ce mot, « frontière », est-il un mot qui fait sens pour l’enfant d’immigré, mais aussi - au travers de vos chroniques journalistiques – pour le citoyen de ce « monde immonde »* ?
Les personnages de mon roman jouent à saute-frontières. La migration a mis en branle le voyage, et voilà qu’il devient interminable. Ils font ce que l’humanité a toujours fait : aller d’un endroit à l’autre. Cela n’a pas été problématique pendant des dizaines de milliers d’années, quand l’humanité était essentiellement nomade. Avec la sédentarité, on a commencé à tracer, puis à défendre, des frontières. Ce qui fait que chaque frontière est, aujourd’hui encore, le résultat d’une bataille perdue ou gagnée. Elle peut, par conséquent, à tout moment se déplacer. Or, ceux qui les tracent, n’érigent pas seulement une barrière contre d’éventuels arrivants, ils s’enferment également dans un lopin de terre plus étroit que leur cerveau. Et créent pour cela des symboles, des drapeaux, des hymnes, des identités. Pour le cerveau tout cela est absurde, parce que dans lui il y a le voyage de l’humanité. Dans le cerveau et dans le corps. Si je mange une pomme de terre, je sors de mon lopin de terre et me joins à son voyage, elle qui nous est venue du Pérou. Si je bois du café, mon cerveau sait que je suis Éthiopien. Si j’écris, il me replace entre le Tigre et l’Euphrate. Si j’utilise le zéro, il fait de moi un Arabe, etc. Dans notre cerveau il y a l’humanité entière. sans frontières. Celui qui en construit, ou les défend, morcelle l’humain qui est en nous. Il préfère la tranche au tout. C’est la maladie première du monde d’aujourd’hui. Il devient immonde chaque fois que l’humain qui est en nous est coupé en morceaux.

Un monde immonde ou en perte d’humanité, Jean Portante ? 
Dans ce monde-là, l’être humain est devenu jetable. Les nations jettent les nouveaux venus qui s’amassent à leurs frontières, ce qui, dans le cas des réfugiés, est de la non-assistance à personnes en danger de mort. Le système économique, ce qu’on appelle le marché, jette ceux qui sont superflus à sa bonne marche. Il fait travailler plus ceux qu’il garde, et licencie à tours de bras, pour réduire le coût du travail à portion congrue. Dans tout cela l’humanité n’a plus cours.

Ces temps instables de votre roman – ceux de deux guerres - font-ils également écho au(x) temps d’aujourd’hui ? 
L’instabilité, la fragilité, se faufilent partout aujourd’hui. Précarité du travail qui fragilise les existences et donne un coup de fouet aux peurs. Crises économiques qui n’en finissent plus, pour la simple raison qu’elles sont devenues les colonnes portantes et rentables du système, guerres qui reviennent frapper à nos portes, climat qui se délite, repli identitaire ouvrant grand la porte au racisme et à la xénophobie. S’y ajoutent l’inconsistance des consciences, l’égarement de la pensée, la confusion idéologique, la perte des repères, l’abandon de la réflexion, la quantification du savoir au détriment de sa qualité, la souveraineté du mensonge... Le tout gangrené par un avenir sans horizon. Bref, un cocktail comparable à celui d’un avant-guerre du xxe siècle.

Propos recueillis  par Kristel Pairoux
In Faire société ensemble n°4, octobre 2016


* Du nom des ses chroniques qui paraissent chaque semaine dans Le Jeudi

14 octobre 2016

Le CLAE services asbl reconnu d’utilité publique



Le CLAE Services a récemment obtenu le statut d’utilité publique. Les dons versés à l’asbl sont désormais fiscalement déductibles. Depuis sa création, le CLAE contribue à la définition et à la construction d’une identité aux multiples références, qui s’appuie sur les transformations sociales et le métissage culturel, pour fonder une nouvelle approche de la citoyenneté. Les soutiens sont importants pour la réalisation de nos projets, que ce soit pour mener à bien, années après années, le Festival des migrations, des cultures et de la citoyenneté, pour appuyer les dynamiques associatives, ou encore pour favoriser l’émancipation des personnes venues en migrations. Les dons permettraient également de mettre en place de nouvelles actions, de nouveaux espaces de rencontres, pour envisager un projet de société qui soit commun à l’ensemble des résidents du Luxembourg.

L’ensemble des actions menées par l’asbl peuvent être soutenues en versant un don sur le compte chèque postal du CLAE services : CCPLLULL / LU32 1111 0184 5121 0000.

12 octobre 2016

Faire société ensemble




Le numéro 4 du mois d'octobre vient de paraître.
Ce numéro 4  s’ouvre avec une très belle carte blanche de couverture signée par le photographe Andrés Lejona. Vous y découvrirez également une rencontre avec l’écrivain Jean Portante, suite à la parution de son dernier roman, Architecture des temps instables, pour lequel il a reçu le prix Servais. Un peu plus loin, vous lirez une interview de l’association Passerell qui travaille sur l’intégration des demandeurs de protection internationale et des réfugiés au Luxembourg. Retrouvez aussi notre rubrique d’information sur la société d’accueil consacrée aux prestations familiales ainsi que l’actualité des projets associatifs.

Pour recevoir Faire société, il suffit d’opter pour l’une des deux formes de soutien à notre publication : un don pour les associations et particuliers, un abonnement de 15 euros pour les institutions. Le versement est à effectuer sur le compte chèque postal du CLAE services asbl IBAN LU32 1111 0184 5121 0000 (code BIC : CCPLLULL) avec la mention : soutien Faire Société

18 juillet 2016

Résolution de l'AG ordinaire du CLAE 2016


Réunies en Assemblée Générale le 28 juin 2016, les associations membres du Clae ont adopté la résolution suivante :
  • L’Assemblée générale du Clae est préoccupée par la crise actuelle de l’Union européenne : le récent referendum qui conduira le Royaume-Uni à la quitter, la montée en force dans tous les pays européens des partis politiques populistes qui souhaitent la démanteler, les atteintes continuelles à la libre circulation des personnes, le manque de solidarité entre les Etats membres, la résurgence des égoïsmes nationaux sont autant d’indicateurs d’une crise d’identité et du manque de perspectives de l’Union Européenne. L’AG du Clae appelle le Luxembourg, membre fondateur de l’Union, à mettre au centre de son action politique la relance de l’idéal européen, fondé sur la solidarité entre les états membres et sur la vision d’une Europe fédérale qui puisse parler et agir d’une seule voix.
  • L’Assemblée générale du Clae est également préoccupée par ce que l’on définit communément de       « crise migratoire ». L’immobilisme de l’UE dans cette catastrophe humanitaire est le symptôme d’une Europe qui se réfugie derrière ses égoïsmes et laisse le champ libre aux populistes de tout bord. Une Europe qui construit des barrières aux frontières, qui délègue l’accueil des demandeurs d’asile fuyant les guerres et le terrorisme à des pays hors des frontières de l’UE faisant parfois peu de cas des droits de l’homme. Une Europe qui laisse mourir en méditerranée des milliers de personnes chassées de leurs pays d’origines par la pauvreté, la famine, les changements climatiques, la terreur. L’AG invite l’Union européenne et les pays membres à prendre leurs responsabilités dans l’accueil des migrants et refugiés et dans la recherche de solutions politiques, sociales et économiques qui permettent à ces personnes de rester dans leurs pays d’origine.
  • La Chambre des députés examinera bientôt le projet de loi sur la nationalité. L’Assemblée générale considère que ce projet de loi, qui ancre le droit du sol dans la législation luxembourgeoise, est avantageux. Elle invite toutefois les parlementaires à introduire des correctifs qui faciliteraient l’accès à la nationalité en flexibilisant plus les critères de connaissances linguistiques et qui rendraient la procédure plus simple pour les personnes âgées ou résidant depuis de nombreuses années au Luxembourg.
  • L’accueil et l’orientation dans le pays sont fondamentaux pour les personnes venues en migration et leurs familles. L’Assemblée générale des associations membres du Clae regrette la volonté de l’Office luxembourgeois de l’Accueil et de l’Intégration de soumettre à travers un processus de mercantilisation cet accueil à un appel d’offre. L’AG invite l’OLAI ainsi que son Ministère de tutelle et le gouvernement à reconsidérer cette décision et à donner les moyens humains et financiers au Clae services asbl, qui démontre son savoir faire en la matière depuis de nombreuses années, et à d’autres associations actives dans ce domaine d’une grande importance pour le Luxembourg.
  • L’Assemblée générale du Clae invite également les députés luxembourgeois à amender la loi réformant les prestations familiales. Le montant unique par enfant défavorisent les familles qui sont les plus faibles économiquement et pour qui ces prestations et autres transferts sociaux sont importants pour éviter la pauvreté qui frappe de plus en plus de familles dans notre pays et qui, souvent, sont de nationalité étrangère.
  • Les relations interculturelles, la valorisation des cultures issues de l’immigration, le métissage culturel sont autant de facteurs favorisant la participation de chacun dans le pays et qui évite la formation de ghettos sociaux et culturels souvent porteurs de violences au sein de nos sociétés. L’AG du Clae cherche à comprendre pourquoi des manifestations comme le Festival des Migrations, des Cultures et de la Citoyenneté, mais aussi d’autres évènements allant dans le sens de favoriser les relations interculturelles sont remises en question. L’AG invite les autorités du pays à soutenir et à renforcer toutes les manifestations qui vont dans le sens de favoriser le débat interculturel et la cohésion sociale.
  • Le 8 octobre 2017 auront lieu les élections communales. Le Clae et ses associations membres s’engagent d’ores et déjà à sensibiliser les résidents de nationalité étrangère sur l’importance de devenir électeurs et candidats au niveau local. L’AG demande toutefois aux autorités du pays de favoriser cette information et de mettre en place des projets et procédures, telles que l’invitation systématique à s’inscrire, qui permettraient à de nombreux résidents de devenir électeurs en octobre 2017.

Adoptée à l’unanimité par les membres des 33 associations présentes.

"On ressent dans la culture de ce pays cette idée de rassemblement, de métissage"


Rencontre avec Jaylson Spencer, Alda Batista, António Callixto et Cristina Silva, respectivement président et membres de l’association São Tomé e Príncipe au Luxembourg.

São Tomé e Príncipe est un pays assez méconnu. Pouvez-vous nous présenter cet archipel africain ?
Jaylson Spencer : São Tomé e Príncipe n’est effectivement pas très connu. C’est un très beau petit pays formé de deux îles, l’île de São Tomé et celle de Príncipe, ainsi que de quelques îlots, au large du Gabon et de la Guinée équatoriale.

António Callixto : Elles appartiennent à une chaîne de quatre îles, les deux autres faisant partie de la Guinée équatoriale. C’est intéressant de savoir que la ligne de l’équateur traverse l’îlot de Rolas, qui se trouve à peine à quelques kilomètres au sud de l’île principale, São Tomé.

Alda Batista : C’est un pays où il y a eu, au cours des siècles, un grand brassage de populations venues notamment d’Angola, du Cap-Vert, du Mozambique, de Guinée-Bissau, du Brésil et du Portugal. São Tomé e Príncipe a été une colonie portugaise jusqu’en 1975. Il est fréquent d’y entendre dire « on est tous des cousins ». On ressent dans la culture de ce pays cette idée de rassemblement, de métissage, d’appartenance à quelque chose de commun.

Jaylson Spencer : Je suis né et j’ai grandi à São Tomé. Mes parents sont venus du Cap-Vert et mon grand-père était anglais. Plus de 50% de la population est d’origine capverdienne et 80% a moins de 24 ans.

Les Saotoméens du Luxembourg, combien sont-ils ?
Jaylson Spencer : Au Luxembourg, il y a environ 80 Saotoméens. C’est une immigration récente. La plupart des personnes vivaient au Portugal et sont arrivées à la suite de la crise économique de 2008. Certains membres de notre association sont des Saotoméens des pays voisins.  

Alda Batista : Nous avons inscrit dans les statuts de l’asbl ce lien avec les pays frontaliers, à la fois parce qu’il n’y a pas beaucoup de Saotoméens au Luxembourg, mais aussi parce que l’Ambassade pour le Bénélux se trouve à Bruxelles. 

Comment est née votre association ?
Jaylson Spencer : En 2011, Paula Pombo, une des fondatrices de l’association, s’était lancée dans la récolte de matériel scolaire pour les enfants de São Tomé e Príncipe. C’est à ce moment là que l’idée de l’association est née. Elle l’a créée en 2013 avec Tomás Menezes, Isaías Teixeira et Vítor Belchior, qui en a été le premier président. C’est curieux de constater que c’est une association de culture africaine dont la majorité des membres sont portugais. J’aimerais cependant que plus de Saotoméens nous rejoignent.

Quels sont ses principaux objectifs ?
Jaylson Spencer : Notre premier but est d’aider les enfants et les personnes âgées de São Tomé e Príncipe. Le deuxième est de promouvoir la culture, la gastronomie et l’archipel. C’est important pour nous de faire connaître ce pays pour donner envie aux gens d’aller le visiter. J’ai cet espoir qu’un jour, peut-être, quelqu’un découvrira ces îles au milieu du monde et aura le désir de venir en aide à une école ou un hôpital.

Alda Batista : Un troisième objectif très important de notre association est celui d’entretenir et de développer le lien entre les Saotoméens mais aussi avec les autres cultures présentes au Luxembourg.

Quels types de projets de solidarité développez-vous ?
Alda Batista : Il y a trois ans, l’association a effectué un premier envoi de vêtements, livres et jouets. Nous avons l’intention de renouveler la démarche. Actuellement, nous recueillons des dons même si nous ne pouvons pas lancer une campagne, car nous n’avons pas de lieu de stockage, ni le financement pour le transport.

Jaylson Spencer:  Voilà aussipourquoi nous avons dû renoncer à un don de 80 lits avec matelas. Cela fait mal au coeur sachant les besoins de l’hôpital de São Tomé et notamment de la maternité, où nous savons que parfois deux mamans et deux nouveau-nés doivent partager un même lit.

Alda Batista : En tant qu’association, nous n’avons pas les moyens de faire des projets sur le long terme. Nous nous concentrons sur des projets d’aides ponctuelles, comme nous l’avons fait récemment pour la fête des enfants du 1er juin.

Jaylson Spencer : C’est une fête importante, plus importante que Noël. C’est à cette date que les parents achètent des habits neufs à leurs enfants. Cette année, nous avons organisé une fête spéciale dans une crèche de São Tomé.

António Callixto : Nous participons aussi au projet initié par le poète Carlos Cardoso « Aidez-nous à aider ». Ce sont des T-shirts que nous vendons à 15 euros dont 75% sont versés au profit des enfants et personnes âgées.

La rencontre avec ce poète saotoméen qui vit aux Pays-Bas a été particulière n’est-ce-pas ?
Jaylson Spencer : Oui, grâce à l’association Amizade Caboverdiana, nous avons rencontré Carlos Cardoso. Nos deux associations l’ont accueilli l’année passée pour présenter au Luxembourg son livre Poesia para Todos. à cette occasion, il a rencontré Alda Batista et tous deux ont co-écrit Somos Todos Primos – Um diálogo de emoções, paru en mars dernier et qui a été présenté au Salon du livre et des cultures au Festival des migrations. 

António Callixto : J’ajouterai que le livre a également été présenté au nom de l’association au Portugal en présence de l’Ambassadeur et du Consul du Luxembourg au Portugal, de l’Ambassadeur de São Tomé e Príncipe au Portugal ainsi que du Consul honoraire de São Tomé e Príncipe aux Pays-Bas.

La convivialité est également un facteur essentiel. Comment la mettez vous en mouvement ?
Alda Batista : Nous avons organisé quelques déjeuners fôrro c’est-à-dire des déjeuners traditionnels saotoméens. Cela nous permet de rassembler les gens, de faire connaître la culture et la cuisine saotoméennes. Notre prochain déjeuner fôrro sera en novembre, à l’occasion de l’anniversaire de l’association.

Jaylson Spencer : Depuis trois ans, nous participons au Festival des migrations, des cultures et de la citoyenneté. Notre stand propose des spécialités de notre pays et notamment le café de São Tomé qui est un des meilleurs au monde. Cette année, nous avons aussi invité deux chanteurs saotoméens des Pays-Bas, Ziley da Graça et Fúlvio Barros qui se sont produits sur la scène du festival. Grâce à eux aussi, des gens sont venus vers notre association.

Vos projets actuellement ?
Alda Batista : Après une année intense, nous sommes plutôt en train de faire une pause de réflexion,  ce qui nous permet de participer à la formation Imbrication organisée par le Clae et pour laquelle on est très reconnaissants. Nous souhaitons bien sûr continuer à créer des projets, mais on veut le faire correctement et pour cela il faut apprendre davantage. Nous voulons continuer à avoir la tête dans les étoiles, c’est-à-dire continuer à rêver, mais grâce à cette formation, nous aurons aussi les pieds sur terre.

Propos recueillis par Claudine Scherrer
In Faire Société Ensemble n°3, juillet 2016

Association São Tomé e Príncipe au Luxembourg asbl
151, rue de Warken L-9088 Ettelbruck
Tél. (+352) 691 21 40 10
astomepl@gmail.com
Site internet : astpl2015.wix.com/astpl


11 mai 2016

Une première année à planter les jalons d’une passerelle

Une année s’est écoulée depuis le lancement de notre projet InSitu Jobs  qui est un dispositif d’information, d’orientation et de mise en relation professionnelle. Financé par le Fonds européen Asile, Migration et Intégration (AMIF), il s’adresse exclusivement aux ressortissants de pays tiers à l’Union européenne et réfugiés reconnus, à la recherche d’un emploi.

De mai 2015 à février 2016, nous avons accueilli 71 personnes dont 14 réfugiés. Les nationalités les plus représentées sont la nationalité brésilienne, capverdienne et syrienne. Leurs demandes étaient très variées : bilans de compétences, validations des acquis par l’expérience (VAE), rédaction de CV, lettres de motivation ou encore demandes en vue de l’obtention d’une autorisation de travail. Nous leur avons également mis à disposition des informations administratives liées au droit du travail, ou aux possibilités de formations. Cette approche individualisée leur a permis de cheminer vers l’élaboration de leur projet professionnel.

En janvier dernier, nous avons organisé un premier atelier thématique qui portait sur le « Développement personnel et professionnel ». Notre ambition était de transmettre un certain nombre d’outils qui puissent favoriser une recherche positive et active d’emploi. Les participants au nombre 7 se sont volontiers prêtés aux exercices pratiques et mises en situation. Un second atelier thématique a débuté le 25 avril et mettra l’accent sur « L’identification des compétences professionnelles ». Chaque atelier se décline sur plusieurs modules de deux heures.

Si nos entretiens individualisés peuvent être réalisés en plusieurs langues (français, portugais, anglais principalement, mais également en serbo-croate et en arabe), nous avons privilégié le français comme langue de communication pour les ateliers, car c’est la première langue véhiculaire dans le domaine professionnel.

Actuellement, nous nous attachons à développer le troisième pilier d’Insitu Jobs, à savoir la mise en place d’un réseau de professionnels et d’organismes travaillant dans le champ de l’insertion socio-professionnelle afin d’en faire bénéficier les personnes que nous accueillons.

Au fil de cette première année, notre projet n’a cessé de s’étoffer pour planter les jalons d’une passerelle entre une population confrontée à des difficultés spécifiques et un marché du travail exigeant. Nous avons conscience qu’il s’agit pour nous d’une véritable gageure à soutenir.

Lucia Coelho - Clae
Infos : www.clae.lu


Rencontre avec l’association de culture guinéenne Fidjos, amigos de Cantchungo na diaspora asbl


Fidjos, amigos de Cantchungo na diaspora asbl est une association dont les membres sont originaires de la ville de Cantchungo en Guinée-Bissau. Nous avons rencontré Souleimane Queta, Armando dos Santos et João Francisco Mango, respectivement président, vice-président et membre du conseil d’administration.

Quelles ont été les motivations à l’origine de votre association ?

Souleimane Queta : Nous nous sommes réunis la première fois le 02 août 2014 avec l’idée de recueillir des dons pour l’équipe de football de Cantchungo parce que celle-ci était en difficulté ; elle manquait notamment d’équipement. Je dois vous préciser que nous sommes des amis d’enfance qui avons joué ensemble au football à Cantchungo. Armando a d’ailleurs été joueur professionnel en équipe nationale au Portugal. C’est vous dire l’importance de ce club de football pour nous ! C’est seulement lors de notre seconde réunion que nous avons décidé de créer une association afin de donner une base légale à ce fonds financier que nous souhaitions constituer. Notre asbl a officiellement été enregistrée le 29 octobre 2014.

Armando do Santos : A ce moment-là, nous avons élargi l’objectif de l’association ; c’est-à-dire que nous souhaitons être solidaires de l’ensemble des habitants de Cantchungo, dans les domaines du sport, de la culture, de l’éducation et de la santé.

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots cette ville ?

Souleimane Queta : Cantchungo est une ville du nord de la Guinée Bissau avec une population de 6.434 habitants. Elle se trouve à 75 km de la capitale Bissau et à 36 km de Cacheu, notre capitale administrative régionale. C’est une ville « multireligieuse », animiste et catholique, mais aussi multiculturelle comme le Luxembourg.

João Francisco Mango : C’est aussi une ville où il y a beaucoup de jeunes car il y a un important lycée. Certains membres de notre association ne sont pas originaires de Cantchungo, mais ils y ont fait leurs études. Cet attachement à notre ville est quelque chose de très fort qui nous unit encore aujourd’hui.  

Quel est votre projet pour Cantchungo ?

Souleimane Queta : Nous voulons redonner vie à un centre pour jeunes que nous avons connu et qui est actuellement abandonné car totalement dégradé. C’était un lieu où l’équipe de football avait ses quartiers mais on y faisait aussi du théâtre, de la musique ou simplement la fête. Aujourd’hui, il n’y a aucun espace public pour développer des activités pour les jeunes. C’est d’autant plus important que cette jeunesse désœuvrée et sans travail tombe facilement dans la délinquance.

Armando do Santos : Voilà pourquoi nous avons décidé de soutenir la reconstruction de ce centre. La place est là mais elle est inutilisable en raison de l’état de dégradation du bâtiment.

João Francisco Mango : La première phase de notre projet est de rénover totalement la surface actuelle du bâtiment. Ce qui permettrait de disposer à nouveau d’un espace pour développer des activités pour les jeunes. Nous aimerions également créer une bibliothèque, une salle d’informatique ainsi qu’une Maison du Luxembourg. Pour cela, l’idée serait dans une seconde phase de doter le bâtiment d’un étage.

Souleimane Queta : Nous avons des connaissances, des expériences, un savoir faire. João Francisco n’a peut-être pas de diplôme d’ingénieur mais tout ce qu’il faut faire dans la construction, des fondations au toit, il sait le faire. Nous voulons transmettre notre expérience et nous impliquer totalement.

Quelles sont les démarches que vous avez déjà entreprises ?

Armando do Santos : A l’occasion du premier anniversaire de notre association, nous avions invité au Luxembourg deux représentants du Gouvernement de Guinée-Bissau, M. Rui Gonçalves Cardoso, Gouverneur de la Région de Cacheu et M. Gregório Gomes Correia, Ministre conseiller d’Etat de Guinée-Bissau auprès de l’Ambassade de Bruxelles. Cette première étape était importante pour asseoir notre légitimité et trouver du soutien auprès des autorités régionales. 

Souleimane Queta : Nous avions prévu différentes activités, un débat, un tournoi de football ainsi que la visite du Centre de traitement des déchets du Nord du Luxembourg géré par le SIDEC. Ce dernier choix peut surprendre, mais il nous a semblé judicieux car nous savons qu’au pays, il y a beaucoup de problèmes sur cette question de traitement des déchets.

Quelles sont les activités que vous mettez en mouvement pour recueillir des fonds ?

João Francisco Mango : Le 04 juin, nous organiserons une grande fête à la Kockelscheuer à l’occasion de la journée internationale des enfants du 1er juin. Le 19 juin, nous serons présents avec un stand à la fête de l’Amitié d’Hesperange. Nous fêterons aussi l’anniversaire de notre association, le 23 juillet prochain.

Souleimane Queta : En mars dernier, nous avions participé pour la seconde fois au Festival des migrations, des cultures et de la citoyenneté. Nous avons voulu montrer notre pays, notre culture à travers l’artisanat et un peu de gastronomie. Il y avait beaucoup de monde, c’etait merveilleux. Le samedi, nous avons reçu à notre stand la visite du Ministre conseiller d’Etat de Guinée-Bissau auprès de l’Ambassade de Bruxelles, accompagné des Ambassadeurs du Cap-Vert et d’Angola. L’épouse du Consul du Portugal au Luxembourg, qui connaît bien notre région, est également venue nous saluer. Et le dimanche, nous avons eu la surprise d’accueillir à notre stand le Premier Ministre Xavier Bettel. Ce sont de très fortes expériences ! Nous avons également participé à une rencontre avec d’autres associations de solidarité et de co-développement avec lesquelles nous avons eu un bon échange sur nos projets respectifs.

Et pour conclure cet entretien...

Souleimane Queta : Il y a une chose qui a été dite au cours de la formation Imbrication [Ndr : formation destinée aux associations organisée par le CLAE] et que je n’oublierai pas. C’est qu’on ne doit jamais dire que l’on a rien. On a toujours quelque chose à donner.

Propos recueillis par
Claudine Scherrer

Association Fidjos, Amigos de Cantchungo na Díaspora asbl
34, rue Joseph Junck
L-1839 Luxembourg
Tél. +352 621 797 465
babokfcc.lu@gmail.com
Facebook : afacd.lu

Vous pouvez soutenir le projet de l’association en versant un don sur le compte IBAN - LU94 1111 7032 4087 0000 - Code Bic : CCPLLULL




1 avril 2016

Le petit château de Colpach

D’une année sur l’autre les rencontres littéraires se multiplient pendant notre Salon du livre et les associations qui portent et proposent avec nous ces rendez-vous littéraires font acte de culture : le geste n’est pas simple, il n’est pas anodin et il ne manque pas d’engagement. Les propositions de rencontres, de débats, de dialogues avec des écrivains, des auteurs qui ne sont pas des moindres, qui viennent d’une foultitude de pays et de cultures, signent une volonté de communication entre les terres et les identités : celle du départ, de l’arrivée, celle de l’intérieur, du voisin, de l’école, des vacances, des actualités, des journaux, des amis et des ennemis aussi.

Aussi, notre Salon du livre et des cultures du Luxembourg devient une fois par an un petit château de Colpach : sur les pas de la famille Mayrisch, avec les associations du Luxembourg, celles issues de la migration, celles qui sont héritières de l’immigration, nos accueillons nos hôtes ensemble, en partage, pour parler le monde, pour dire l’autre, pour lire ensemble l’être possible de cette humanité qui se recompose. Avec leurs invités d’alors, d’horizons très divers, à côté de la frontière belge, dans ce château qui accueillait les opinions et les pensées de tout le continent, c’est d’une possible Europe qu’ils discutaient. Avec les écrivains et artistes de maintenant, c’est d’un monde possible d’une humanité commune que nous débattons.

Nous aimons penser que c’est ce petit château que le Ministère de la culture soutient pour la première fois. Nous tenons à le remercier. 

RJP/CLAE



Si le monde est désenchanté alors…

 

Les idéologies seraient en miettes ? Tout du moins celles qui depuis le 19e siècle composaient nos manières d’être, de voir, de penser. Les révolutions industrielles d’alors et toutes les ruptures qui les accompagnaient auront produit de nombreuses catégories de pensées, pour le meilleur et souvent pour le pire. Les nouvelles fractures depuis la chute du mur de Berlin et l’ascension numérique sont aussi profondes que celles qui surgissaient quand les campagnes venaient créer les faubourgs de nos villes.

Aujourd’hui ce ne sont pas les campagnes qui viennent recomposer les villes mais des hommes et des femmes qui fuient en nombre les terres en guerres, les terres pauvres, les terres sans terre. Ce mouvement de migrations nous le connaissons déjà, mais il était des pays alentours ou des anciennes colonies des pays industrialisés. Aujourd’hui, il s’inscrit sur des routes plus anciennes qui passaient par Constantinople, les échanges méditerranéens ou par Al Andalus.

Le Festival des migrations, des cultures et de la citoyenneté raconte, avec les associations et les personnes qui sont présentes, les ruptures des siècles d’avant, les brisures contemporaines, les destins tragiques de la veille. Le festival tous les ans recompose, raconte, traduit, instruit, débat, réconcilie, adoucit, enseigne sur ce qu’il est possible de reconstruire, de réinventer, de proposer, d’installer à partir d’itinéraires improbables et de douloureuses migrations. La convivialité et le désir circulent dans les stands associatifs des associations issues ou héritières de l’immigration : elles nous invitent à se rencontrer, à ne pas douter des temps difficiles et indéchiffrables, à devenir citoyens, à s’inscrire sur cette terre, à écouter ses murmures. Si le monde est désenchanté alors… viens au Festival. 

JPR /CLAE

 

7 décembre 2015

Changement de direction au Clae Services


Après 22 années en tant que chargé de direction du Clae services asbl, Franco Barilozzi a fait valoir ses droits à la retraite le 31 octobre 2015. Sa succession est assurée par Anita Helpiquet et Jean Philippe Ruiz.

Franco Barilozzi s’est engagé depuis ses prémisses au sein du Comité de liaison des associations d’étrangers, qui regroupe actuellement 130 associations héritières de l’immigration au Luxembourg. Il a mené la direction de l’asbl découlant de la plateforme dès son conventionnement avec l’Etat, en 1993. Jean Philippe Ruiz travaille au Clae depuis 1999. Il est chargé des relations interculturelles. Il coordonne notamment le Festival des migrations, des cultures et de la citoyenneté et a été l’un des curateurs de l’exposition Retour de Babel, événement phare de l’année culturelle 2007. Anita Helpiquet collabore au Clae depuis 2008. Après avoir coordonné différents projets, notamment dans le cadre des Fonds européens d’intégration des ressortissants de pays-tiers, elle s’est consacrée ces dernières années à développer le volet « aide à la vie associative » de l’asbl.